Belfast est à 2h½ de car de Dublin. Laetitia et moi venons d’y passer un week-end duquel nous retiendrons surtout une journée de temps épouvantable et les fresques murales du quartier catholique de Falls Road.
En car il est assez simple de se rendre à Belfast depuis Dublin ; un départ chaque heure, une frontière quasi-invisible et une arrivée dans le centre-ville de la capitale de l’Irlande du Nord. Les deux choses les plus contraignantes restent de se procurer des Livre Sterling et de comprendre l’accent des gens de Belfast.

Pour les fans de foot: George Best, icone de Belfast
Nous commençons par déposer nos affaires à l’auberge de jeunesse, à deux pas de la belle Queen’s University. Un petit tour au marché de Noël où les échoppes françaises sont nombreuses (pain, croissants, crêpes, tartiflette, foie gras, etc.) Puis nous visitons l’hôtel de ville : une visite assez complète puisque nous pouvons pénétrer dans la salle du Conseil et nous asseoir sur les banquettes où siègent les conseillers. Pour l’anecdote, à Belfast le mandat du maire ne dure qu’un an.

Ensuite un petit peu de shopping (ben oui, c’est presque Noël), on croise les supporters de l’équipe de hockey sur glace de Belfast, on casse la croûte puis on passe la soirée dans un bar. Là le mal du pays nous prend : la Guinness semble rallongée à l’eau et la fumée des cigarettes nous rappelle à quel point nous nous sommes habitués aux pubs non-fumeurs. En rentrant à l’auberge de jeunesse, quelques gouttes de pluie annoncent l’abominable météo qui nous attend pour le dimanche.
En effet, si le samedi a été agréable, c’est le déluge au matin du deuxième jour. Evidemment c’est le jour où on a prévu de pas mal marcher. Tant pis, on y va quand même car la plongée dans le quartier catholique/républicain de Falls Road nous semble captivante. Ce quartier, encore un ghetto il y a dix ans, est tout près du centre-ville. Une fois passée la rocade ouest il semble que nous entrons dans une ville totalement différente.
C’est la Divis Tower qui marque l’entrée dans ce bastion de la résistance républicaine au gouvernement britannique. Cette tour d’habitation a été prise d’assaut par l’armée britannique au début des années 70 et les deux étages les plus élevés restent encore occupés par les militaires qui l’utilisent comme poste d’observation en cas d’émeute. En bas de l’immeuble une plaque nous rappelle les noms des victimes civiles de cet assaut.

Un peu plus loin nous apercevons les premières fresques murales. George W Bush y a une place de choix mais n’est pas à son avantage (quand l’est-il ?).

Sont aussi représentés des héros irlandais de la révolte de 1916 et des leaders nord irlandais morts pour la cause qu’ils défendaient. Puis nous faisons quelques pas dans le jardin du souvenir où flotte le drapeau irlandais. De nombreuses plaques listent les noms des membres de l’IRA morts dans le conflit nord irlandais depuis les années 70 notamment.

Un mur separe le quartier catholique de Falls Road du quartier protestant de Shankill; certaines barrieres sont fermees toutes les nuits.
Dans ce quartier, les boites aux lettres traditionnellement rouges de la poste britannique ont été repeintes en vert, couleur de la poste irlandaise.
Nous continuons à marcher sur Falls Road et passons devant le siège du Sinn Féin (la branche politique de l’IRA). Un gigantesque portrait de Bobby Sands est peint sur le bâtiment. Bobby Sands était un membre du parlement britannique, membre du Sinn Féin, qui fut emprisonné en 1981, quelques jours après son élection. Comme plusieurs autres prisonniers nord irlandais, il a débuté une grève de la faim afin de se voir reconnaître le statut de prisonniers politiques. Comme 9 autres compagnons il est décédé après un peu plus de deux mois. Les « hunger strikers » sont depuis devenus des héros pour les catholiques nord irlandais. Il y a meme plusieurs rues Bobby Sands en France (Nantes, Le Mans, St-Denis...)

Toujours sur Falls Road, nous nous arrêtons devant un petit fast food qui n’a rien d’extraordinaire, mais c’est sur le trottoir devant ce magasin que Bill Clinton et Gerry Adams (le toujours actuel président du Sinn Féin) se sont serrés la main en novembre 1995.
Un peu plus loin nous faisons quelques pas dans Beechmount Avenue, connue parce qu’elle offrait à l’IRA une base idéale pour lancer des grenades sur le poste de police britannique voisin. Puis c’est un nouveau monument à la mémoire des hunger strikers : sous chaque photo un nom et le nombre de jours de grève de la faim avant de succomber. Enfin Falls Road se termine par le Milltown Cemetery où sont enterrés les grévistes de la faim. C’est un beau cimetière, romantique et apaisant.
Pour notre retour au centre-ville nous prenons un Black Taxi : ce sont de vieux taxis noirs typiques du Royaume-Uni qui fonctionnent comme des bus : ils arpentent sans cesse Falls Road et sont bon marché.

Cette marche dans l’ouest de Belfast nous a beaucoup plu, le conflit nord irlandais y est palpable tant il est encore proche. Aujourd’hui la situation s’est bien améliorée. Le dernier attentat de l’IRA a eu lieu à Londres en 1996 et un cessez-le-feu est en vigueur depuis juillet 1997. Un récent rapport a confirmé que l’IRA aurait même désarmé. La santé économique de l’Irlande du Nord et de Belfast en particulier est très bonne et c’est aujourd’hui le statut politique de l’Irlande du Nord qui pose le plus de problèmes. Mais je ne m’étendrai pas là-dessus de peur d’achever les quelques personnes qui auront lu cet article jusqu’au bout.