Mardi 3 janvier 2006
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L'île de l'Irlande fut d’abord occupée par les Celtes au IVe siècle avant notre ère. Ceux-ci arrivèrent par vagues successives jusqu'à l'époque du Christ. La religion catholique fut introduite en Irlande au Ve siècle, ce qui donna l’occasion aux Irlandais de produire une riche langue écrite. Les grands monastères irlandais devinrent des centres éducatifs et culturels; on croit aussi que les plus grands d'entre eux pourraient avoir fonctionné comme des villes pour donner lieu à une importante littérature.
Bref, l’irlandais est une langue parlée en Irlande depuis l’an 350 avant notre ère. Comme langue écrite, elle a véhiculé une littérature millénaire, la première langue européenne après le latin, qui est demeurée, pendant trois siècles, la plus importante de l’Occident.
Ensuite, l’Irlande connut plusieurs occupations au cours de son histoire: d’abord les Vikings norvégiens, puis les Danois au XIe siècle, les Normands au XIIe siècle et les Anglais au XVIe siècle. À l’exception des Anglais, les envahisseurs laissèrent peu de trace dans la langue irlandaise, car ils finirent tous pas s’assimiler aux Irlandais.
Toutefois, tel ne fut pas le cas des Anglais. La conquête militaire entamée par Henri VIII d’Angleterre a eu pour effet de détruire toute autorité celtique et de favoriser l’expropriation de toutes les terres cultivables pour les donner aux Anglais; toute la richesse s’est alors retrouvée entre les mains des anglophones ainsi que tout le développement économique et social. La langue de l’école est alors devenue l’anglais, l’irlandais, une langue interdite. Pourtant, dans la vie quotidienne, la langue irlandaise restait la seule langue utilisée en Irlande.
L'autonomie législative
Après avoir été complètement dominée et exploitée par l'Angleterre, l'Irlande n’obtint son autonomie législative qu’en 1782-1783 en tant que «nation protestante» libre avec ses deux parlements, l'un à Dublin, l'autre à Belfast. La Loi déclaratoire de 1719, selon laquelle les lois adoptées à Londres s'appliquaient en Irlande, fut révoquée par Londres. Plusieurs lois anglaises empêchèrent les catholiques de participer aux affaires économiques ou politiques. Les Irlandais catholiques dominés par un parlement protestant se révoltèrent contre l'Angleterre. Au cours du XVIIIe siècle, les transferts linguistiques vers l'anglais se répandirent dans les villes pour pénétrer plus lentement dans les zones rurales, ainsi que le long d'un axe général est-ouest. Il semble que 45 % de la population parlait irlandais au cours du dernier quart du XVIIIe siècle, puis ce pourcentage aurait diminué pour passer à moins de 30 % vers le milieu du XIXe siècle.
La Loi d'Union
En 1800, le parlement de Westminster vota la Loi d'Union avec l'Irlande qui forma, dès lors, un Royaume-Uni avec la Grande-Bretagne. Le progrès de l’anglicisation a été tel que, déjà au milieu du XIXe siècle, plus de 80 % des Irlandais ne parlaient plus qu’anglais, 12 % étaient devenus bilingues et 8 % ne parlaient encore que l’irlandais. Il faut dire que les Anglais avaient pratiqué un génocide assez réussi: famines, massacres, esclavage, déportations, etc. Les survivants des massacres et des famines qui n’ont pas émigré ont dû s’assimiler pour pouvoir survivre. Tout au cours du XIXe siècle, les mouvements indépendantistes irlandais s'intensifièrent et se durcirent. Tandis que les locuteurs de l’irlandais étaient massivement assimilés, un mouvement en faveur de la préservation de l'irlandais est apparu, l'organisation la plus influente étant la Gaelic League (Ligue gaélique) créée en 1893. Les partisans de la ligue prônèrent le retour de l’irlandais dans la vie sociale, au lieu de simplement tenter de la préserver. L’importance de ce mouvement de restauration linguistique fut considérable dans la mesure où il fut ensuite intégré dans le combat pour l'indépendance politique.
Mais la guerre anglo-irlandaise se poursuivit de 1917 à 1922. Le gouvernement provisoire créé en Irlande institua un ministère de la Langue nationale et mit au point une stratégie dans le but de renverser le processus d’assimilation à l'anglais: il a restauré l'irlandais en tant que langue nationale.
En 1922, Londres décida par le Home Rule de constituer deux parlements «religieux» en Irlande: l'un, à majorité anglo-protestante, dans la province de l'Ulster (capitale: Belfast), l'autre, à majorité anglo-catholique, dans le reste de l'Irlande (capitale: Dublin). Les deux Irlande, celle du Nord et celle du Sud, durent prêter serment d'allégeance à la couronne d'Angleterre, car elles faisaient toujours partie du Royaume-Uni. Autrement dit, le traité anglo-irlandais avait concédé un statut d'«États libres» à 26 des 32 comtés de l'Irlande, soit tout le Sud catholique. Les six autres comtés, situés en Irlande du Nord et dont les citoyens étaient protestants, restèrent au sein du Royaume-Uni.
L'indépendance
En 1937, l'Irlande catholique du Sud proclama unilatéralement son indépendance et prit le nom officiel de république d'Irlande; les deux langues officielles furent alors l'irlandais et l'anglais. La Loi de la république d'Irlande (Republic of Irland Act) de 1948 supprima définitivement tout lien constitutionnel avec le Royaume-Uni. Mais l'Irlande du Nord, majoritairement de religion protestante, continua d'être rattachée au Royaume-Uni. Au moment de la déclaration de l’indépendance, seulement 2 % des Irlandais parlaient encore l’irlandais tout en étant bilingues, 98 % des autres ne parlaient plus qu’anglais. Depuis lors, le gouvernement a élaboré diverses mesures pour valoriser la langue irlandaise, mais les résultats attendus se font encore attendre. Aujourd’hui, l’irlandais est l’une des langues mineures de l’Europe, peut-être en voie d’extinction.
Il est a noté qu'en 2003, la première présidente de l'Union Européenne a été élue, et cela en Irlande, il s'agit de Mary MacAleese.

http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/irlande.htm
http://www.routard.com/guide_carte/code_dest/irlande.htm