Le réveil à 7 h n’est pas si difficile et même Manu se lève de bonne grâce. Déjà, vus de la tente, les paysages du Donegal encore endormis dans la brume matinale nous font penser à ces cartes postales typiques qu’on achète pour 40 centimes (6 pour 2 €).
Nous nous mettons en route pour Bunglass, le lieu-dit qui marque la fin de la route goudronnée et qui offre un panorama fantastique sur le Slieve League. Cette marche dans la campagne endormie est facile et agréable, nous ne croisons presque personne.
L’arrivée à Bunglass est en effet saisissante : au détour d’un virage, le fameux Slieve League se révèle enfin ; une barrière rocheuse de plusieurs kilomètres de long qui tombe droit dans la mer du haut de ses 600 m. Le sommet disparaît même dans les nuages. Fin de la route pour les voitures mais début de l’aventure pour nous.
Le chemin est tout de suite raide. Manu et moi tombons dans un trou caché sous la bruyère, on est déjà tout sale, nos mamans ne vont pas être contentes. Nous atteignons la ligne de crête. Nous sommes dans les nuages. Et évidemment ce qui devait arrivait arrive : une bonne pluie violente nous accompagne pendant un petit bout de chemin. Puis il faut se tracer un chemin parmi les éboulis et la boue pendant une bonne heure : c’est dangereux et fatigant. Partout des crottes de mouton nous rappellent que pour eux tout cela est très facile. On garde le moral en se disant qu’à la première occasion on se fait un méchoui.
Après avoir perdu beaucoup de temps et de forces parmi les pierres glissantes nous nous trouvons sur un plateau. Nous savons qu’il ne s’agit pas encore du point culminant du Slieve League, et que pour atteindre le point culminant il faudra passer par le fameux « One Man’s Pass ». On a beaucoup entendu parler de ce passage qui, paraît-il, porte bien son nom… Malheureusement sur ce plateau nous sommes un peu perdus : nous ne voyons pas à 10 m. à cause des nuages. Nous longeons le rebord du plateau, partout le vide… Nous tournons en rond. Mais nous savons que quelque part nous découvrirons un passage, sûrement le One Man’s Pass que nous attendons depuis plusieurs heures.
Et enfin le voilà ! Un chemin de crête d’une centaine de mètres de long qui rejoint le plateau d’en face. Sur le One Man’s Pass on ne peut pas se croiser, mais comme il n’y a sûrement pas des gens qui s’aventurent ici tous les jours, on ne s’attend pas à croiser d’autres randonneurs. A gauche la mer rugit à 600 mètres sous nos pieds. A droite le vide également. Pour certains ce passage se fera rapidement sans trop regarder vers le bas. Pour d’autres, amateurs de sensations fortes, c’est le bonheur. Pour tous ce sera LE moment de la randonnée.
Enfin nous sommes au sommet du Slieve League. Il est déjà 14h30, mais on prend le temps de se faire un repas au sommet, le moral des troupes en a besoin1.
Nous nous remettons en route. Il s’agit maintenant plutôt de grandes prairies, toujours au bord du vide. Pendant toute la journée nous avons eu des panoramas fantastiques. Marie n’a d’ailleurs pas été avare de compliments.
Pendant toute la marche nous avons pensé à la Guinness qui nous attendait au village d’arrivée. Il semble y avoir des pubs dans tous les villages d’Irlande, on ne voit pas comment il ne pourrait pas y en avoir à Malin Beg. Quelle surprise et quelle déception quand on apprend qu’il n’y a pas de pub. Le coup est rude. On s’achète du chocolat pour compenser.
Nous plantons la tente au bord de la falaise qui surplombe une belle plage de sable.
Nous avons failli perdre Florian ce soir là. Il avait en effet réussi à passer le Slieve League sans encombre (et même sans se salir), mais le soir près de la tente il a failli se faire écraser par un troupeau de moutons en furie. Il marchait tranquillement quand les moutons, effrayés par un minuscule chien, ont déboulé vers lui. Les moutons semblaient hésiter : passer à gauche ou à droite de Florian ? Finalement ils ont tous réussi à l’éviter, sûrement grâce aux cris aigus poussés par Florian.
1 Pour l’anecdote, on a mangé de la semoule. Les randonneurs connaissent les nombreux avantages de la semoule en randonnée : peu de place dans le sac, rapide à cuire, demande peu d’eau, bourratif…








